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Colonialité

Un bon endroit pour lancer des satellites, rien de plus

lunes 12 de septiembre de 2011 La Guyane française est un lieu stratégique pour Paris. Le Centre Spatial d’où sont lancés les satellites européens et russes justifient tous les efforts. Mais ici, sur l'unique territoire colonial restant en Amérique du Sud, il existe une résistance indépendantiste qui a des arguments.

Por Paco Gómez Nadal / Helene Le Du

Rien n'est comme cela devrait l'être en Guyane française. Elle est française, mais ce n'est pas la France. C'est la Guyane, mais tous les symboles le nient. C'est un lieu de haute technologie d'où sont lancés des satellites et des fusées spatiales, mais il n'y a pas de routes ni de transport public. 35 % de la population est au chômage total, mais les prix sont ceux de l'Ile de France. Essayons de comprendre pourquoi.

Sous l’épiderme de normalité, la Guyane française est une destination privilégiée pour les nouveaux "colons" français, qui viennent travailler quelques années dans l'administration gouvernementale ou au Centre Spatial Guyanais (qui est en fait européen ou russe, mais pas guyanais), à de magnifiques conditions économiques. C'est également une île où vivent des afrodescendants ou des asiatiques, dans une torpeur alimentée par la politique d'aides de Paris et par la promesse d'être européens.

"Je ne sais pas si je suis Français ou Guyanais. Je ne sais pas si j'ai les droits des premiers ou si je suis un citoyen de seconde zone". Armand Actillf parle de manière sarcastique. Il porte un tee‑shirt des "Brigades anti-négrophobes" et il n'enlève jamais ses lunettes de soleil, malgré la pénombre où nous nous parlons, dans le petit bureau du Mouvement pour la Décolonisation et l'Émancipation Sociale (MDES).

C'est cela la résistance. Il n'y a pas grand-chose de plus. Seulement l'Union des Travailleurs Guyanais (UTG), un mouvement d'extrême‑gauche qui partage les désirs souverainistes du MDES. En Guyane française, il n'y a pas d'autres organisations de la société civile qui aient un regard politique sur la réalité. Il n'y a pas non plus d'organisations de droits de l'homme.

Armand dit que c'est une colonie, "une colonie raciste", souligne‑t‑il. "Il y a de la ségrégation, tous les chefs sont blancs, tous les bons travails sont pour les blancs". Il suffit de parcourir le pays pour en avoir la confirmation. Les gendarmes sont blancs, les fonctionnaires sont blancs, les propriétaires d'hôtels sont blancs, les officiels de l'armée française sont blancs… Blancs de tous les côtés, alors qu'ils ne constituent même pas 5 % de la population. Les immigrés latinos qui traînent sur la place des palmistes pensent aussi que c'est un endroit raciste, bien que la majorité de la population soit afrodescendante.

Politique coloniale

Maurice Pindard, le fondateur et actuel président du MDES, l'explique calmement. Il a le ton du maître d'école qu'il est et le calme que nécessitent les causes historiques. "La France applique ici une politique systématique depuis l'abolition de l'esclavage (1848) en s'appuyant sur trois piliers: assimilation, assistanat et division".

L'assimilation est culturelle. 70 % des professeurs de l'enseignement primaire et secondaire en Guyane française viennent de la métropole et imposent un filtre européen qui nie l'évidence de l'histoire. La télévision est celle produite en métropole, les journalises, dans leur immense majorité sont blancs, les messages sont clairs: vous êtes Français (bien que la réalité et les droits le contredisent).

L'assistanat est facile à constater aux guichets de la Poste. On y trouve des queues permanentes de Français de seconde zone qui ont besoin des allocations pour vivre. "Cet argent les immobilise, ils préfèrent ne pas travailler, mais moi je crois que ça les abêtit aussi, ça les rend dépendants". Désirée est Dominicaine et cela fait des années qu'elle vit en Guyane, avec des milliers de ses compatriotes, Brésiliens et Péruviens qui représentent déjà un peu plus de 10 % de la population. Cette migration arrive, attirée par les salaires en euros et la possibilité, lointaine, d'obtenir avec le temps un passeport français. Béatrice, une bretonne qui est temporairement à Kourou parce que son mari, militaire, a été envoyé ici, assure que "les gens de Guyane ne veulent pas travailler". Mais après avoir approfondi, elle admet que cet endroit ne lui plaît pas. "Il y a trop de tares de l'histoire".

C'est un peu plus compliqué. Maurice insiste sur le fait que la politique d'assistanat n'est pas fortuite et rend service à Paris. "Il y a 10 ans, les gens en avaient assez de la France et ils voulaient changer les choses". Mais cela a changé: après une série de protestations dans les colonies, la France a annoncé un référendum sur l'autonomie pour janvier 2010, mais avant, elle a préparé le chemin.

"La campagne du NON était celle de la peur: si vous votez OUI à l'autonomie, les aides s'arrêteront", se rappelle André, un autre membre du MDES. Résultat: 69,8 % des 67 000 citoyens aptes à voter (sur une population de 250 000) ont dit NON à un changement de statut qui ne leur donnait pas l'indépendance par rapport à la France, mais une plus grande autonomie.

 

Beaucoup d'argent pour peu de personnes

L'argent arrive et passe par la Guyane française, mais il n'est pas réparti. Un commerçant péruvien raconte avec fascination qu'il y a ici plus de BMW et de Mercedes par habitant que dans n'importe quel coin d'Amérique. Un lecteur fait un commentaire à une entrée sur le journal de bord de la Route Otramérica, pour dire que mieux vaut un pouvoir colonial qu'une indépendance corrompue. "La mentalité est ainsi. Je crois qu'aucun d'entre nous ne peut expliquer les ravages que l'esclavage a laissés en nous. Le trafic d'esclaves mettait un terme à l'être humain et nous n'avons pas encore réussi à le reconstruire", conclut Maurice.

Le MDES calcule le nombre de ses activistes à 300, une force relativement petite mais qui doit être la base pour obtenir qu'un jour, le Comité de la décolonisation de l'ONU reconnaisse la Guyane française comme territoire "non autonome", et pour éveiller la conscience de la population. "Ce sera un travail à long terme, nous n'obtiendrons rien demain", se résigne Maurice Pindard, bien qu'il raconte avec une certaine joie comment, il y a quelques jours, avec l'aide du Mouvement International pour la Réparation (afrodescendants), les premières cartes d'identité de la Guyane française ont été remise à 150 personnes.

Un acte symbolique et donc important sur un territoire où le propre drapeau est interdit. Il n'y en a un qu'au siège du Conseil Général, parce que le président est un vieux socialiste qui sympathise avec la nécessité d'une identité propre, bien qu'il reste le patron du parti socialiste français: un regard encore colonial sur les territoires d'outre-mer.

Le bidonville de la France

La mise en scène la plus évidente de cet état des choses ne se trouve pas à Cayenne, mais à Kourou, une ville au service du Centre Spatial. Bien qu'il ne soit pas exact de parler de ville. C'est plutôt une enclave où vivent les employés du centre, avec différentes bases militaires, y compris une de la Légion française, et où les autres survivent.

Les indigènes (les amérindiens, comme les appellent les Français) ont ici une présence anecdotique, dans la dite Ville indigène, quelques maisons face à la mer. Leur leader n'est pas présent, mais ceux qui réparent un toit sous le soleil infernal racontent que, pour la France, ils sont "anecdotiques". Ils représentent moins de 8 % de la population et la majorité vit autour des fleuves et dans les montagnes frontalières avec le Brésil ou le Surinam. Ils sont d'accord avec le MDES pour dire que les fonctionnaires coloniaux jouent sur la division, le troisième facteur indiqué par Maurice Pindard. Les cimarrons [descendants des esclaves en fuite], les créoles, les indigènes et les asiatiques vont chacun pour soi, et les lois particulières de la colonie jouent en ce sens. Par exemple, si un Guyanais veut visiter des villages indigènes, il doit demander l'autorisation au préfet.

Denis, un émigrant français qui vit depuis 30 ans sur ces terres, mais "caché" dans la jungle, regarde cet imbroglio avec désabusement. "Laisse tomber, c'est le bidonville de la France. Ce qui importe pour Paris, ce sont les euros d'Ariane et du Soyuz (les modèles spatiaux de l'Union européenne et de Russie), et ceux d’ici… regarde, ils les tiennent à ne penser qu'à la religion, à manger et à baiser".

 

Génocide par substitution

Regarde… ou émigre. L'Université de la Guyane française est une farce, et les bons étudiants partent en métropole. Ils ne reviennent généralement pas. C'est pour cela qu'au MDES, ils parlent de "génocide par substitution". Maurice l'explique ainsi: "Nos jeunes, s'ils sont de bons étudiants, rêvent de s'en aller et ils restent en France, parce qu'ici, ils n'ont pas d'opportunités, mais les Français viennent ici parce que les bons emplois sont pour eux. C'est le vieux rêve français de blanchir la Guyane".

En réalité, l'histoire semble bien être circulaire. La France n'a jamais fait attention à ce territoire inhospitalier jusqu'à ce qu'elle perde la guerre des 7 ans et, avec elle, le Canada, la Louisiane et l'Inde. Elle a alors été contrainte de voir les Antilles, et la Guyane comme une zone d'approvisionnement de celles‑ci. Puis la Guyane a perdu son intérêt et s'est limitée à être une province-prison, Saint Laurent-du-Maroni et les Iles du Salut constituant l'épicentre d'un trafic de prisonniers qui a atteint 80 000 condamnés. Mais les coordonnées de la Guyane française, si proches de l'Equateur, la rendaient idéale pour lancer des satellites. La France a donc retrouvé son intérêt et s'est efforcée de maintenir la colonialité à sa place: tout flirt indépendantiste mettrait en danger le joyau de la République.

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