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2 ans de tremblement de terre (III sur IV)

Minustah, la vieille ennemie d’Haïti

sábado 03 de marzo de 2012 Jeudi 12 janvier 2012 Haïti est l’un des pays les plus sûrs des Caraïbes, mais il a la troisième plus grande mission de casques bleus de l’ONU après le Darfour et la République démocratique du Congo. Quelque chose ne va pas. Les soldats et les policiers de l’ONU accumulent les plaintes ne faisant jamais l’objet d’enquêtes et leur présence a coûté à la communauté internationale un peu plus de 1 500 millions de dollars depuis 2010.

Por l’équipe Otramérica

Si vous lisez les chroniques catastrophiques de certains journaux, vous penserez que mettre les pieds en Haïti est presque une condamnation à mort. Des membres de gangs, des silhouettes fantasmagoriques en haillons à la recherche de nourriture ou d’eau, de violents habitants de nulle part… Cela existe sûrement en partie, mais cette description ne semble pas être très ajustée. En 2010, 689 personnes sont mortes de mort violente. Un taux d’homicide de 6,9 pour 100 000 habitants. Très très loin du taux de la voisine République dominicaine (28), de Puerto Rico (26,2) ou de l’empire brésilien (26,2), du redoutable Mexique (18) ou du brutal Venezuela (67). Pourtant, aucun de ces derniers pays ne dispose d’une « force de stabilisation » qui, selon son mandat, est en Haïti pour « établir un environnement sûr et stable sur lequel puisse se développer un processus politique, renforcer les institutions du gouvernement haïtien, appuyer la constitution d’un état de droit et promouvoir et protéger les droits humains ».

Pour cela, la mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah, selon son acronyme français, la langue de la vieille métropole) compte un effectif de 12 270 personnes, 2 000 de plus que la propre police haïtienne, et dispose d'un budget du double de celui du gouvernement national d’Haïti (1 556 461 550 dollars depuis janvier 2010). Pour cela et pour un peu plus.

Choléra bleu

Si les balles des ‘mauvais’ ont tué 689 personnes en 2010 en Haïti, la munition mortelle de la Vibrio Cholerea a déjà tué près de 7 000 personnes et fait 514 000 victimes depuis que, en octobre 2010, le choléra est revenu dans le pays préalablement dévasté par le tremblement de terre. La souche n’est pas arrivée seule. Elle l’a également fait par l'intermédiaire de la Minustah, comme l’a indiqué le rapport scientifique demandé par l’ONU elle-même à un panel de scientifiques indépendants, rapport rendu public en mai 2011. Bien que le rapport indiquait que la souche a très probablement été introduite en Haïti par des membres du contingent népalais de la Minustah et propagée par les lamentables conditions hygiéniques de leur campement, il y a à peine quelques semaines, le représentant adjoint de l’ONU dans la Minustah, Nigel Fisher, a de nouveau nié toute responsabilité de la mission dans la propagation de l’épidémie.

Au cas où l’ONU souhaiterait enterrer le scandale, comme elle l’a fait avec d’autres, l’Institut pour la Justice et la Démocratie en Haïti et la faculté de droit de Santa María (Brésil) ont déjà entamé des actions légales contre l’ONU pour dommages et préjudices.

Dans un récent article de The Guardian, Mark Weisbrot, du Center for Economic and Policy Research (CEPR), s'interrogeait: « Si une organisation internationale avait introduit une maladie mortelle dans la ville de New York causant la mort de plus de gens que les attaques du 11 septembre, quelles auraient été les conséquences ? Pourrait‑on simplement l’ignorer, sans engager leur responsabilité ? La réponse est bien entendu « non », et il en irait de même si cela avait eu lieu dans la plupart des pays de l’hémisphère. Mais jusqu’à présent, il semble qu’il n’y ait pas de conséquences si cela a lieu en Haïti. (…) Pour une quelconque raison, la ‘communauté internationale’ pense que l’on peut faire n’importe quoi en Haïti, en toute impunité ».

Les protestations massives des Haïtiens contre la Minustah n’ont bien entendu pas eu la couverture médiatique dont ont bénéficié la moindre brique posée par la coopération internationale ou n’importe quelle visite de la zone du désastre humanitaire par un acteur célèbre.

La Minustah, un vieil ennemi

La propre présence de la Minustah en Haïti commence mal. La mission de l’ONU est arrivée pour « stabiliser » ce que les Etats-Unis avaient tout d’abord déstabilisé, avec l’invasion de 2004 et l’expulsion du président Aristide. En raison de ce « petit » détail, que l’on semble oublier avec le temps, la mission est interprétée comme « une force pour le soutien de la paix dans un pays où il n’y a ni guerre ni génocide », comme la définit Camille Chalmers, directeur de la plate-forme haïtienne pour un développement alternatif (PAPDA). Chalmers a affirmé sur radio FM En Transit que la mission de paix « n’aide pas le peuple haïtien, mais accentue sa crise ».

Chalmers, économiste et leader social en Haïti, critique, en outre, la couverture des grands médias, qui « font une construction idéologique fondée sur des stéréotypes et sur une méconnaissance totale de la réalité haïtienne, justifiant ainsi l’ingérence militaire dans le pays ». Et si l’on examine les couvertures de cet anniversaire des deux ans du tremblement de terre, il semble que ce soit vrai : les prostituées et les voleurs haïtiens, le gouvernement inefficace, le paysage sans futur… Et, presque toujours, les porte-parole occidentaux des organisations occidentales parlant pour les Haïtiens, usurpant sa voix au premier peuple émancipé des Amériques. Comme l’écrivait Alizia Stürtze, ce que montrent les médias sont des « Haïtiens violents, des Haïtiens pilleurs, des Haïtiens entourés de poubelles et de décombres, des Haïtiens jetés en pleine rue mourant du choléra, des Haïtiens qui veulent faire échouer des élections ‘démocratiques’… (…) pour les animaliser, lier leurs actions de protestation ou leur réponse à la disgrâce imposée par les instincts incontrôlés et la férocité la moins civilisée, les dépouiller de toute dignité et orgueil ».

Peu d’informations rendent compte des manifestations permanentes contre la présence de la Minustah en Haïti (qui, selon ce qu’insinue l’ONU, sont manipulées par des ex rebelles) ou de la décision unanime du Sénat haïtien, communiquée aux forces étrangères, leur demandant de commencer à retirer leurs troupes d’occupation à partir du 15 octobre 2012. « Une seconde décision du Sénat – indique un câble de Pulsar – réclamait une réparation pour les 6 200 victimes [à cette époque] du choléra provoqué par la mission de stabilisation qui est, en outre, accusée de cas de corruption, de pollution de rivières et de relations sexuelles avec des Haïtiennes ».

Un grand nombre d’intellectuels menés par trois prix Nobel de la paix veulent également le départ de la Minustah. En octobre 2011, ils ont envoyé une lettre au secrétaire général des Nations unies et à l’OEA dans laquelle ils exigeaient le retrait immédiat des troupes d’un pays « qui n’est pas une menace pour la paix mondiale ». La lettre a été signée par les prix Nobel Adolfo Pérez Esquivel, Mariead Corrigan et Betty Williams, des dirigeantes des mères de la place de mai ‑ ligne fondatrice, l’écrivain uruguayen Eduardo Galeano et les théologiens brésiliens Leonardo Boff et Frei Betto, ainsi que par de nombreux législateurs de divers pays. Sans réponse.

Violeurs et trafiquants

Les nombreuses dénonciations de violence sexuelle, de trafic d’aliments et de corruption qui pèsent sur les forces de la Minustah depuis 2004 n’ont pas non plus obtenu de réponse. Le mantra de l’ONU est que ses autorités ont une « tolérance zéro » face aux « actes inappropriés », mais en réalité, dans le renouvellement du mandat de la Minustah jusqu’au 12 octobre 2012 (qui réduira la mission à 2 750 membres), il n’y a pas une seule référence à des procédures judiciaires contre les militaires. S'il recommande de « continuer à exécuter des projets d’effet rapide contribuant à augmenter la confiance de la population haïtienne dans la mission », pourquoi les Haïtiens n’ont‑ils pas confiance dans l’ONU ?

Concernant la dernière accusation contre des soldats brésiliens pour coups et assassinat de 3 jeunes Haïtiens, le porte-parole de l’ONU en Haïti, Farhar Haq, a dit : « La mission fait tout son possible pour établir les faits aussi vite que possible » et a insisté sur le fait que la Minustah « réitère sa politique de tolérance zéro face à la mauvaise conduite de son personnel et examinera toutes les accusations avec le plus grand sérieux ». Mais, jusqu’à ce jour, la seule punition qu’ont reçue les soldats impliqués dans ce type d’actes a été le rapatriement dans leurs foyers sans conséquences juridiques. Les Haïtiens semblent être tombés dans la catégorie invisible de l’homo sacer. 

La « mauvaise conduite » des casques bleus va du troc d’aliments en échange de drogues, de cigarettes, d’alcool ou de sexe aux graves scandales pour violation de mineurs (soldats pakistanais en 2005, 111 casques bleus du Sri Lanka impliqués en 2007) en passant par différents types d’abus sexuels (casques bleus du Brésil ou d’Uruguay) qui, dans le dernier cas dénoncé, a inclus l’enregistrement des faits.

En septembre 2011, le Réseau National de Défense des Droits Humains haïtien (RNDDH) a publié un long rapport relatant beaucoup des cas connus d’abus de ces troupes, bien que l’on suppose que la peur et la défaillance des institutions alimentent le sous-enregistrement. 

La lenteur et l’absence de transparence pratiquée par la Minustah n’attire pas l’attention d’autres secteurs de la même organisation, comme le Bureau du Haut Commissariat aux Droits de l’Homme de l’ONU, qui trouve pourtant le temps d’exiger publiquement à la police nationale haïtienne d’enquêter sur de prétendus actes d’abus de force commis par ses agents et qui auraient conduit à la mort de 9 personnes lors de différents événements documentés par les agents de l’ONU.

Il n’y a pas d’enquête connue sur les abus dénoncés ou sur l’action des casques bleus, par exemple à Cité Soleil en 2005 et 2006, dans des actions violentes qui ont coûté la vie à au moins 30 civils. Le tremblement de terre a occulté l’histoire perverse préalable de la Minustah en Haïti.

La double morale des missions de l’ONU a déjà été constatée sous d’autres latitudes, où la plupart des plaintes contre ses soldats ont trait à des abus sexuels, traite de blanches, usage excessif de la force ou troc de nourriture. Aucune condamnation exemplaire – ou non exemplaire – n’est connue dans les cas révélés au Libéria, en République démocratique du Congo, au Kosovo ou en Côte d’Ivoire.

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